Elliot Fernandez

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L’époque napoléonienne (1799-1815)

L'ère napoléonienne comprend une période de 15 ans, au cours de laquelle Napoléon Bonaparte a étendu son Empire à toute l'Europe.
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Elliot Fernández

Elliot Fernández

Il est titulaire d'un diplôme en histoire de l'Université autonome de Barcelone (2009) et d'une maîtrise en histoire mondiale de l'Université Pompeu Fabra (2011).

24/06/2022 | Dernière mise à jour:

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Index du contenu :

L’ère napoléonienne comprend une période de près de 15 ans, au cours de laquelle le général Napoléon Bonaparte étendit son empire et sa puissance à toute l’Europe. De son arrivée au pouvoir en tant que consul en 1799, à la défaite de la France, à la bataille de Waterloo et à son exil sur l’île de Sainte-Hélène en 1815, Napoléon a exporté les idées révolutionnaires françaises à travers le continent.

L’un des principaux instruments était le « Code Napoléon », texte légal introduit dans tous les nouveaux États satellites de l’Empire, qui a éliminé la féodalité et le servage, et instauré la liberté de culte. Chaque État a reçu une constitution accordant le suffrage universel masculin, une déclaration des droits et la création de parlements libéraux.

Chronologie des principaux événements :

1 – CONSULAT (novembre 1799 à mai 1804)

2 – PREMIER EMPIRE (mai 1804 à avril 1814)

  • 18 mai 1804 : Proclamation du Premier Empire français.
  • 2 décembre 1804 : Napoléon Ier intronisé Empereur.
  • Avril 1814 : destitution et abdication de Napoléon.
  • L’exil de Napoléon à l’île d’Elbe.

3 – RÈGNE DE LOUIS XVIII (mai 1814 à mars 1815)

4 – RETOUR DE NAPOLEON (mars 1814 à mars 1815)

  • Le retour temporaire de Napoléon au pouvoir : « les 100 jours » de Napoléon.
  • Napoléon vaincu à la bataille de Waterloo. Il abdique et est contraint à l’exil sur l’île de Sainte-Hélène.

5 – RETOUR DE LOUIS XVIII (juillet 1815)

  • Seconde Restauration de la monarchie des Bourbons.

L’expansion de la France révolutionnaire et napoléonienne

Entre les années 1771 et 1815, l’Europe a connu une phase de guerres continues, où la France était le principal facteur de déstabilisation et qui avait l’inimitié de la moitié de l’Europe. De l’arrivée au pouvoir de Napoléon en 1799 jusqu’au début de sa chute en 1812, la France connaît une grande expansion territoriale. En 1792, la France révolutionnaire déclare la guerre à la Russie et à la Prusse. Dès 1793, la France déclare la guerre aux principales puissances européennes (Grande-Bretagne, Espagne, Prusse, Russie…). Dans les premiers instants, tout était victoires pour la France.

La France avait un intérêt particulier à contrôler certaines frontières pour se protéger de l’ennemi étranger et était également intéressée à obtenir de nouveaux marchés pour pouvoir s’approvisionner en matières premières. Tout au long de cette période, il y avait jusqu’à 6 coalitions pour lutter contre la France révolutionnaire. Ces guerres sont connues sous le nom de « guerres de la Révolution française » ou guerres de coalition.

La Grande-Bretagne était le seul pays qui ne dépendait pas de la France et n’était pas occupé par les troupes de Napoléon. Les Anglais étaient les principaux ennemis de Napoléon. Ils ont rejeté les idées républicaines et révolutionnaires. Mais les idées révolutionnaires françaises avaient atteint la Grande-Bretagne : Thomas Paine avait publié l’ouvrage « Les droits de l’homme » où il défendait la première étape de la Révolution française.

La lutte entre la France et la Grande-Bretagne était historique et au cours des dernières décennies, il y avait eu de nombreuses guerres : la guerre de Sept Ans et la guerre d’indépendance américaine. Entre les deux puissances, il y avait un énorme intérêt à prendre le contrôle des mers pour établir une hégémonie coloniale et commerciale dans le monde.

Europa en 1812
L’Europe en 1812, moment d’expansion territoriale maximale de l’Empire napoléonien. Source : Wikipédia.org

Étapes de l’expansion de la France napoléonienne

  • 1791 : l’Assemblée constituante vote le rattachement d’Avignon à la France.
  • 1792 : Incorporation de la Savoie.
  • 1793 : Incorporation de Nice.
  • 1798 : Incorporation des Pays-Bas autrichiens.
  • 1799 : Incorporation du Piémont.
  • 1812 : Incorporation de la Catalogne.

Territoires occupés :

  • 1795 : Toscane.

Territoires alliés ou frères :

Etats dépendants ou satellites de la France à partir de 1801 :

  • République helvétique.
  • Piémont.
  • République Cisalpine.
  • Duché de Parme.
  • République Ligure.
  • République batave.

Pendant le Consulat, la France renforce son contrôle sur la péninsule italienne et les républiques helvétiques et bataves.

Sous le Premier Empire français, la liste des États vassaux de la France comprenait :

  • Le Royaume d’Espagne.
  • La Dalmatie.
  • Le royaume de Naples (1806, roi Joseph I Bonaparte).
  • La Confédération du Rhin (1806). 16 États confédérés allemands en alliance militaire avec la France. Napoléon protecteur. La Prusse et l’Autriche sont éliminées.

La montée au pouvoir de Napoléon Bonaparte et la configuration du régime napoléonien

Les bases sociales du régime napoléonien étaient constituées de notables (nobles et non nobles), d’anciennes élites nobles et bourgeoises et de nouvelles élites incorporées à la vie publique (personnes qui, sous le Directoire, avaient un rôle prépondérant au niveau départemental et local). La période napoléonienne, outre les guerres, est également marquée par de très profonds changements de société. Une réforme politique et sociale est entreprise en France et dans les pays qui ont souffert de l’occupation. La France napoléonienne répandit le modèle politique et social français dans toute l’Europe, exportant des constitutions et un nouveau Code civil napoléonien (règles du jeu social).

Changements politiques et sociaux dans la France napoléonienne

Avec l’arrivée au pouvoir de Napoléon, après le coup d’État du « 18 Brumaire » (9 novembre 1799) qui liquida l’étape du Directoire, commença la période du Consulat (1799 à 1804). Rejoindre Napoléon, en tant que Premier Consul, étaient les deux autres consuls, Jean-Jacques Régis de Cambacérès et Charles-François Lebrun.

Les trois consuls : Cambacérès, Bonaparte et Lebrun.
Les trois consuls : Cambacérès, Bonaparte et Lebrun.

Napoléon, une fois au pouvoir, a tenté de pacifier et d’unir les Français. Il prône le pardon des rebelles, il permet le retour des immigrés, il tente de faire entrer des personnes de différentes croyances dans les sphères du pouvoir, il réforme l’administration politique, centralise tout, il fonde la Banque de France, il crée une nouvelle monnaie, l’État écoles, il signe un accord avec le pape (rompu par l’invasion des États pontificaux) et crée un code civil.

En décembre 1799, Napoléon a promu une nouvelle constitution qui légitimait la structure politique avec un pouvoir exécutif fort, mais un pouvoir législatif faible et fracturé. Il y avait 3 Consuls, Napoléon était le Premier Consul ce qui équivalait au poste de Chef de l’État. Les 2 consuls qui l’accompagnaient n’avaient qu’une voix consultative.

Estructura de poder en Francia bajo la Constitución de 1799
Structure du pouvoir en France sous la Constitution de 1799. Source primaire : Wikipédia.fr

Le pouvoir législatif était composé :

Le pouvoir exécutif était composé :

  • Gouvernement par trois consuls
  • et du Conseil d’État.

Le nouveau Sénat a décidé si les projets de loi étaient constitutionnels. Nommé par Napoléon en 1802 et supprimé en 1807. Un cinquième était renouvelable chaque année. Le Tribunat devait discuter les projets de loi du Sénat et donner son avis au Corps législatif. Il n’avait pas le droit de vote.

Le corps législatif était composé de juges. Il a voté sur les factures. Il était également renouvelable par cinquième chaque année.

Couronnement de Napoléon 1804 en tant qu’empereur

Entre les années 1799 et 1804, tout ce que Napoléon fit fut un processus de confirmation au pouvoir. En l’an 1804, n’ayant pas de quoi être premier consul, il se fit nommer empereur.

Napoléon Ier sur son Trône Impérial
Napoléon Ier sur son trône impérial est un portrait de 1806 de Napoléon Ier de France dans son costume de couronnement, peint par le peintre français Jean-Auguste-Dominique Ingres.

Napoléon en vint à accumuler tout le pouvoir grâce à son prestige de militaire et à ses qualités de gestionnaire en tant que Premier Consul. Il a pu neutraliser à la fois les royalistes et les jacobinismes.

En 1807, Napoléon subit un attentat raté. L’attaque a été utilisée pour réprimer les Jacobins, malgré le fait qu’on a appris plus tard que sa paternité ne venait pas des Jacobins, mais des secteurs monarchistes.

Principaux jalons et institutions qui réaffirment la puissance de Napoléon :

  • Signer le Concordat de 1801 avec le Saint-Siège.
  • Nouvelles Constitutions : 1802 et 1804.
  • La figure du Préfet, 1800.
  • Les maires.
  • Le code civil.
  • L’armée.

Le Concordat de 1801 se termine par les affrontements entre la Papauté et la République française (qui durèrent près d’une décennie). En 1791, le pape Pie VI dénonça la Constitution civile du clergé
(1790). Napoléon a procédé à la signature du Concordat et a créé une coalition et aussi une série de reconnaissances qui ont favorisé les deux parties.

L’Église catholique de France devient le porte-parole et le diffuseur des Gloires impériales. Les prêtres acceptèrent le Catéchisme impérial (il fut publié en 1806). Catéchisme basé sur des questions et des réponses. Collaboration entre l’Église et l’État qui s’est poursuivie jusqu’à ce que Napoléon envahisse les États pontificaux et arrête le pape.

La Constitution de 1802 assura à Napoléon son mandat à vie et la Constitution de 1804 remplaça la République par l’Empire héréditaire en la personne de Napoléon. Ces deux constitutions ont façonné le manque de moyens exécutifs efficaces pour que les ordres atteignent la base. Un élément clé de cette centralisation dans chaque département était la figure du préfet.

Le préfet a été créé en 1800 et disposait de pouvoirs étendus. C’est aux préfets qu’incombe la responsabilité que les hommes à l’âge adulte se rendent à l’armée. Et c’était aussi sa compétence de percevoir les impôts.

Au niveau local, les Maires doivent leur nomination au Premier Consul d’abord, puis à l’Empereur. Sauf dans les communes de moins de 5 000 habitants : celles-ci sont désignées par les préfets et choisies sur une liste communale.

Le Code Civil des Francais
‘Le Code Civil des Français’, dans sa première édition de 1804. Bibliothèque Nationale, Paris.

Le code civil français

Le Code civil est publié en mars 1804 et réglemente les règles du jeu social au sein du Code Napoléon. Napoléon attachait une grande importance à ce Code, car il voulait qu’il établisse les principes de base de la Révolution française :

  • Égalité devant la loi.
  • Abolition de la féodalité.
  • Propriété individuelle privée.
  • État laïc.

Le Code civil était un instrument très efficace pour la diffusion dans toutes les municipalités des valeurs napoléoniennes. Le Code civil a servi d’élément de cohésion du peuple français. Dans la ville, ses dirigeants jouissaient d’une large reconnaissance publique. Les élites locales faisaient partie du groupe humain dans lequel le Régime napoléonien choisissait ses serviteurs. Les élites des « Notables » étaient constituées des citoyens les plus prospères, nobles et bourgeois. Ils avaient le pouvoir local et régional.

Les nouvelles élites, de préférence propriétaires terriens, avaient un pouvoir important au niveau local et régional. Ils s’approprient souvent des terres, grâce aux propriétés confisquées à l’Église.

Enfin, l’armée était une institution très importante pour le maintien de l’Empire. L’armée comme élément très pertinent de cohésion sociale, une institution à laquelle Napoléon a le plus fait confiance tout au long de son mandat. Le régime napoléonien s’appuyait sur l’armée pour plaire aux élites aisées (elles faisaient confiance à l’armée en tant qu’institution). Napoléon fit une série de mesures au profit des militaires :

  • Mesures honorifiques : les cérémonies de l’État étaient présidées par des militaires.
  • Mesures économiques : les militaires avaient des salaires plus élevés que des postes civils similaires.

Ces mesures ont contribué à valoriser la carrière militaire et à lui donner un certain prestige. Les fils des notables abordent la carrière militaire. L’historien Jean-Paul Bertaud affirmait que parmi les officiers prédominaient les militaires, des notables, bien différents de l’époque de la Révolution.

L’Europe napoléonienne

Avec la vague expansionniste de l’Empire napoléonien, la France diffuse son modèle politique et social issu de la Révolution dans toute l’Europe. Comme l’a fait ? Par la mise en œuvre de constitutions et de codes civils dans ces territoires occupés.

L’Empire napoléonien et sa zone d’influence constituent un espace dans lequel une politique économique visant à promouvoir les intérêts français et l’asphyxie économique de la Grande-Bretagne est mise en œuvre, avec le blocus continental en novembre 1806.

L'Europe sous Napoleon I 1812
L’histoire du Peuple Belge et de ses institutions, depuis les temps les plus reculé s jusqu’en 1880 …, by VERCAMER, Charles. British Library

C’est une intégration inégale des États dans la France napoléonienne (départements impériaux, vassaux, alliés…). L’Europe était un ensemble « d’États superposés ». Parmi ces États, on observe des évolutions économiques diverses et une intégration inégale au sein de l’Empire, selon les liens que les États entretiennent avec la France, la durée de ces liens, et la ressemblance plus ou moins grande de la société de ces États avec la France elle-même.

C’était un scénario très instable. Napoléon tente d’établir des institutions sur le modèle français : constitutions et codes civils. Dans la Confédération du Rhin, Napoléon a introduit des changements dans le gouvernement et la Constitution a supprimé les privilèges de la noblesse et du clergé. Certains États ont même aboli le servage, comme la Bavière en 1808.

Tous les États n’ont pas réussi à appliquer ces nouvelles constitutions. Il y avait de nombreuses différences entre les constitutions des États. Malgré les limites, les constitutions ont été l’une des pièces maîtresses du projet réformiste napoléonien. Les constitutions et l’établissement des nouvelles règles du jeu politique ont posé les principes de base :

  • Séparation des pouvoirs ;
  • libertés personnelles ;
  • Égalité devant la loi.

Ces principes devaient développer toute la législation post-occupation. Les constitutions ont été appliquées non sans résistance de la part des classes dirigeantes locales.

Les nouveaux codes civils ont également été mis en œuvre dans les territoires occupés et dans les États satellites, copiant le français. Le Code civil spécifiait les lois par lesquelles les nouveaux rapports sociaux devaient être régis. Le degré d’application du code civil était très inégal. L’implantation du code civil a supposé une unification des lois. Mêmes lois pour tous. Elle sera menée avec la résistance des secteurs privilégiés (noblesse, gouvernement, église).

Le Code civil de Napoléon comprenait :

  • Abolition des privilèges.
  • Abolition des limitations des droits.
  • Reconnaissance du caractère laïc de l’État.
  • Création de la propriété libérale bourgeoise sans restriction. Les propriétés amorties (mains mortes entre les mains de l’Église) ne pouvaient pas exister.

Dans les territoires occupés par l’Empire, quelles étaient les bases sociales qui soutenaient le régime ?

Le régime chercha parmi les élites la base sociale nécessaire pour parvenir à l’application des réformes qu’il proposait. La plupart des élites ont fini par accepter le nouveau régime, à l’exception de l’Espagne, où les partisans de l’Empire étaient minimes. Mais les soulèvements populaires contre l’occupation napoléonienne étaient majoritaires dans toute l’Europe.

Ce type de résistance active eut un exemple en 1809 dans le Tyrol qui se révolta contre l’occupation napoléonienne.

La chute de Napoléon

L’Empire s’effondre en deux phases : en mai 1814 et en juin 1815. Mais les effets des réformes de la Révolution française et de l’Empire napoléonien ont survécu jusqu’à ces dates. L’Europe de la période révolutionnaire et napoléonienne est marquée par un tournant décisif des mœurs. Cela change la façon dont les gens agissent et pensent.

De nouvelles approches de l’individu, du peuple et de l’État ont été mises en pratique. Ces changements ont continué à diviser l’Europe après la chute de Napoléon.

En 1815, il y eut un renforcement des forces immobiles et conservatrices. Mais il était impossible de revenir à la situation d’avant 1789. L’influence de la Révolution ne pouvait être éliminée.

À la chute de Napoléon (octobre 1814 et juin 1815), les puissances victorieuses, réunies au Congrès de Vienne pour la restauration territoriale de l’Europe, échouent à rétablir l’Ancien Régime. Ils durent appliquer les réformes opérées pendant la Révolution.

Les traces de ces 25 années ont jeté les bases de la nouvelle société du XIXe siècle. Certaines élites nobles et bourgeoises, dont les différences disparaissaient en fonction de leurs intérêts communs, conduiront à la disparition définitive de la société foncière. Nobles et bourgeois convergent dans leurs intérêts en tant que classe de propriété. Cela rendra possible en Europe le cadre idéal pour l’initiative économique et le marché libre. Le processus d’industrialisation commence.


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