Invasions barbares : la fin de l’Empire romain d’Occident

Les invasions barbares ont été un grand mouvement migratoire de populations de l’est et du sud qui se sont installées sur le territoire de l’Empire romain du début du IVe siècle au VIIe siècle. Il y avait une grande diversité de peuples, que l’on appelait traditionnellement « Germains », mais qui avaient de grandes différences entre eux : les Vandales, les Huns, les Wisigoths, les Francs, les Angles, les Saxons et les Jutes.

La création du royaume wisigoth de Tolède dans l’ancienne Hispanie romaine. Leovigild, roi wisigoth

Les Goths, établis en Aquitaine selon les anciens accords avec l’Empire, furent chassés lors de la bataille de Vouillé en 507 et aboutirent dans la péninsule ibérique. Le pouvoir politique des Wisigoths n’était pas du tout établi dans la péninsule. Il faudra attendre le règne de Léovigilde (568-586) pour qu’apparaisse une forme d’État plus ou moins solide, bien qu’il s’agisse encore d’un État mal défini. Au cours de cette période, il a écrit la première chronique de la dynastie wisigothique faite par l’évêque Jean de Biclar.

Nous connaissons une grande partie des informations parvenues jusqu’à nos jours sur le roi Léovigilde grâce à Jean de Biclar. Leovigild a poussé à une codification législative, mais elle a été perdue. On sait aussi que pour la première fois un roi wisigoth inscrivit son nom sur des pièces de monnaie avec l’inscription suivante : Leovigildus Rex.

Jusque-là, les monnaies qui circulaient dans la péninsule ibérique reproduisaient des copies des anciennes monnaies de l’Empire romain. Cela signifiait l’hypothèse, de la part des Wisigoths, d’une légitimité incontestée selon laquelle ils étaient les véritables et uniques héritiers de Rome.

En 578, Leovigild construit une ville palatine (complexe étatique) du nom de l’un de ses fils, Recopolis (province de Guadalajara, Espagne). De plus, tout au long de son règne, il dut mener de nombreuses campagnes militaires pour pacifier le territoire.

Royaume wisigoth  Invasions barbares
Le Royaume Wisigoth en 586 sous le règne de Leovigild. En vert, le territoire qui faisait partie de l’empire byzantin.
Source originale : Wikipédia.org

La question de la succession au royaume wisigoth

En 573, un événement très important se produisit : Léovigilde associa ses deux fils au trône, probablement pour qu’ils règnent ensemble à sa mort. La question de la succession était fondamentale, puisqu’il s’agissait d’une tentative de Leovigild d’établir la succession royale de manière légitime. C’était le reflet d’une période instable. Jusqu’à ce moment, la question de la succession était un vrai problème pour les Wisigoths de la péninsule. La même chose ne s’est pas produite sous la dynastie mérovingienne où ils ont eu une succession beaucoup plus ordonnée. Avec le règne de Leovigild, il y avait une certaine sophistication du cérémonial de la cour. Léovigild était assis sur un trône lorsqu’il rencontrait de hauts dignitaires et portait des vêtements distingués.

Dès le début de son règne, il fait face aux troupes impériales. En 572, une bataille a lieu dans la vallée du Guadalquivir. La chronique de Jean Biclar l’explique : “Multasque urbes et castella interfecta rusticorum (paysans) multitudine in Gothorum dominium révoqué” (traduit en français : “Beaucoup de villes et de châteaux ont été massacrés par la multitude de paysans (paysans) et je les révoque dans la domination des Goths.”).

Leovigild a ramené ces terres rustiques sous la domination des Wisigoths, dans le but de restaurer l’autorité et de lui donner une légitimité. En 574, lors de sa campagne contre la Cantabrie, Leovigild prend la ville d’Amaia (Burgos, Espagne) et tue les aristocrates locaux qui forment le “senatus” de la province. En 581, il organise une campagne contre les Basques. Il a passé 15 ans à combattre dans toute la péninsule. Il organise des batailles contre les pouvoirs politiques locaux, des groupes rustiques peu structurés. Le résultat immédiat de ces campagnes a été le pillage. Après la bataille, des accords ont été conclus, pax, avec les vaincus.

Pendant des années, Leovigild s’est consacré à l’organisation du pouvoir, avec des procédures fiscales de routine. Leovigild a eu d’énormes problèmes pour rester au pouvoir et a subi de nombreuses tentatives d’usurpation de son pouvoir, parmi lesquelles se distingue la tentative d’usurpation faite par son propre fils, Hermeregild.

L’État wisigoth (507-711) n’a jamais su organiser une perception régulière, stable et homogène des impôts.

Les nouveaux pouvoirs : qu’est-ce qu’un Regnum ? Comment s’explique la soumission des Goths au royaume ?

Aperçu du pouvoir wisigoth
Système d’alimentation dans le royaume wisigoth

Sur quoi reposait la supériorité des Goths au sein du royaume wisigoth ? Les Goths étaient les collecteurs d’impôts. Ils recevaient des attributions fiscales. Lorsque le roi les a punis, il les a envoyés en exil (il a révoqué les pouvoirs fiscaux dont ils disposaient). Cela posait un problème : les Gothi n’organisaient pas toujours la collecte des impôts, il fallait donc envoyer quelqu’un pour régler leurs comptes avec eux. Cette situation provoqua une grande instabilité au sein même du royaume.

La question du pouvoir

Comme l’écrit Grégoire de Tours dans une de ses chroniques, les rois francs organisent fréquemment des expéditions contre les Saxons. Grégoire, dans son « Histoire ou Acte des Francs » explique que le roi Clovis I a mené plusieurs expéditions contre les Saxons, accompagné des « Franci » (qui étaient les Gothi). Les Francs formaient un petit groupe au centre de l’État qui dirigeait les armées et exerçait une grande influence sur le roi.

Clotaire Ier, aux côtés des “Franci”, se présenta au pays des Saxons. Les Francs ne voulaient pas signer la paix avec les Saxons, mais avant l’expédition de Clotaire Ier, ils envoyèrent des messagers pour demander la paix. Les messagers des Saxons affirmaient qu’ils ne refuseraient pas de payer tribut, mais les Francs ne leur faisaient pas confiance. Les négociations se sont poursuivies et les Saxons ont envoyé des messagers à la cour de Clotaire pour la troisième fois. Les Saxons, disaient les messagers, étaient prêts à tout abandonner sauf les femmes et les enfants. Encore une fois, les Francs ont refusé l’accord et tout se sont terminé par une bataille, qu’ils ont perdue.

Le roi Clotaire I a dû déléguer le pouvoir aux magnats (également appelés franci, gothi ou potentes dans les différentes sources historiques)Le roi, au pouvoir politique très limité, finit par déléguer l’autorité politique à ces magnats 

Pourquoi les Francs voulaient-ils des femmes et des enfants ?

Les États médiévaux étaient des États capturant les gens. Le pouvoir politique dans ces sociétés dépendait largement d’une question numérique. Le noyau central de l’État était formé par le peuple. Dans la mesure où le noyau central avait la capacité de mobiliser plus de monde, il pouvait aspirer à avoir plus ou moins de pouvoir politique.

Le pouvoir politique était transmis par les gens, donc plus il y avait de gens, mieux c’était. Il se peut parfois que ces captures aient été faites par des groupes qui n’étaient pas formellement constitués en États. Dans le cas des captures par les agriculteurs des femmes et des enfants, ils l’ont fait pour assurer la survie du groupe. Il y avait aussi des gens qui étaient capturés pour être vendus. Occasionnellement, les captures peuvent être le résultat d’un butin ou d’un hommage. Le mot “valeur” a toujours le sens originel, le prix que quelqu’un paie pour être libéré. Il fut un temps où ces captures pouvaient finir par éroder ou éteindre le groupe. Mais il y avait des solutions de substitution : la capture de céréales, de bétail ou de devises en échange de la vie.

Le problème avec la capture de personnes était le fait que la reproduction humaine est lente, par conséquent, pour pallier le manque de personnes que vous pourriez choisir pour capturer du bétail, des pièces de monnaie… des choses qui pourraient se régénérer plus rapidement. Même aux VIe, VIIe et VIIIe siècles, l’État devait déléguer à des tiers les tâches de recouvrement des impôts. Cela a rendu les États très instables.

Collecte d’impôts. Type de paiement d’impôt

  • Ordinationes: demandes de paiement aux personnes inscrites au registre.
  • Lignatium (bois) : paiements en bois, qui devaient être coupés et apportés au monastère.
  • Annona : Paiement avec les récoltes.
  • Argent : dans ce cas, les comptes passeront annuellement.

Le principal problème était de savoir comment mesurer le montant à payer, qui dépendait toujours des circonstances spécifiques du lieu. Au lieu de cela, les autorités ont toujours eu tendance à utiliser des mesures régulières.

Exemple de collecte d’impôts dans une plantation agricole :

  • Les agriculteurs ont mesuré le champ et regardé son orientation.
  • Ils ont construit le champ et ont décidé comment nous labourions : avec des animaux (plus de dépenses, car il fallait les nourrir) ou sans animaux.
  • Puis, ils sont semés.
  • Ils protégeaient les champs avec des herses ou des buissons, afin que les animaux ne puissent pas entrer.
  • Les champs étant déjà ensemencés, l’agriculteur devait attendre les pluies et le froid, car les espèces étaient généralement semées dans des cycles végétatifs différents.
  • Les mauvaises herbes devaient être arrachées à la faucille.
  • Ensuite, il était temps de tondre, par exemple avec une faux, si le sol était plat et qu’il n’y avait pas de pierres.
  • Une fois la récolte terminée, le grain devait être transporté à l’aire de battage. Avec chariot, animaux ou humains.
  • Une fois la céréale amenée sur l’aire de battage, en l’occurrence l’orge, il fallait la battre. Les animaux passaient dessus.
  • Après avoir battu l’orge, il fallait séparer le grain de l’ivraie. Pour ce faire, il se jeta en l’air.
  • A la fin du processus, la paille était conservée pour nourrir les animaux et fabriquer des briques. Et le grain était soit stocké (semences, consommation et farine) soit transformé en d’autres produits.
Les bœufs sabotent le grain et les hommes séparent la balle.
Les bœufs sabotent le grain et les hommes séparent la balle.

Au terme de tout ce processus, il était temps de donner une part à l’État. Le fait que l’État se soit présenté à la fin du processus a été considéré comme une manifestation de domination politique. En fait, l’État n’a exercé son contrôle sur aucune des phases précédentes du processus. Et c’était là le principal problème et c’était là la raison de l’instabilité du pouvoir.

Dans l’Empire romain d’Orient : l’Empire byzantin

L’Empire romain d’Orient ou aussi appelé Empire byzantin, sous l’empereur Justinien Iers’est étendu à travers la péninsule italienne, l’Afrique du Nord, le sud de la péninsule ibérique, les Balkans, l’Anatolie, l’Assyrie et l’Égypte.

L'Empire byzantin à l'époque de l'empereur Justinien (527-565).  Invasions barbares
L’Empire byzantin à l’époque de l’empereur Justinien (527-565).
Source de la carte : Wikipédia.org

Mais entre la fin du VIe siècle et le début du VIIe siècle, l’Empire byzantin commence à perdre des territoires. Ce qui explique ces changements territoriaux est le fait que l’Empire byzantin était organisé comme l’Empire romain, bien que certains problèmes aient été tentés d’être résolus. L’empereur Héraclius (610-641) a tenté de lier son fils au trône en tant que corégent pour donner une stabilité héréditaire. Mais cette tentative de créer une nouvelle dynastie ne durera qu’1 siècle.

Au début du VIIIe siècle, l’Empire byzantin n’a plus de territoires en Occident. À partir de ce moment, c’était un tout petit Empire et partout menacé.

La question religieuse en Orient

Les problèmes sont également venus pour des raisons religieuses :

  • Le problème de l’iconoclasme et la persécution du culte des images humaines. Controverse de l’empereur avec la hiérarchie ecclésiastique et aussi pour le contrôle des monastères. Dans un concile, les monastères ont interdit l’iconoclasme. L’empereur était traité d’hypocrite.
  • Grand conflit avec le culte des saints. La question du culte des saints était que l’administration du culte devait être unifiée, de manière centralisée. La vénération pour l’image d’un saint se faisait localement, difficile à contrôler de manière centralisée depuis le pouvoir. En Occident, cette question n’était pas si importante. En revanche, à l’est, c’était plus pertinent.

La thèse de l’historien Henri Pirenne

L’historien belge Henri Pirenne publie en 1937 un ouvrage intitulé “Mahomet et Carloman“. Il y développe la thèse selon laquelle Charlemagne ne peut s’expliquer sans Mahomet. Qu’est-ce qui les unissait ?

Charlemagne a fortement marqué le Moyen Âge, une époque de contraction, d’appauvrissement et de ténèbres. Selon Pirenne, au VIIᵉ et VIIIᵉ siècles, il y eut une séparation en Méditerranée. La Méditerranée, qui à l’époque classique servait à organiser les échanges commerciaux, devient une mer fermée au VIIe siècle. Elle met fin aux échanges, dus aux conquêtes musulmanes et à la domination arabe du territoire. Les ports ont perdu toute leur vitalité d’autrefois. Il y a eu un transfert des centres organisateurs du commerce, qui jusqu’alors étaient situés en Méditerranée, vers le nord et le centre de l’Europe, avec un nouvel axe central, le Rhin.

Les conquêtes arabes ont-elles perturbé le commerce en Méditerranée ?

Selon Pirenne, la perte de vitalité commerciale de la Méditerranée était due aux conquêtes arabes.

Pour cette raison, le noyau fondateur de la dynastie carolingienne était situé sur le Rhin, là où toute activité commerciale s’était déplacée.

Malgré l’importance que la thèse d’Henri Pirenne a eue pendant de nombreuses années, l’historiographie ultérieure l’a complètement révisée et démantelée. Dans les années 1980, paraît un ouvrage fondateur de revue critique de Pirenne, par les archéologues Fichard Hodges et David Whitehanse « Mohammed, Charlemagne & Les Origines de l’Europe : Archéologie et thèse de Pirenne », à partir de 1983. L’ouvrage est un questionnement général sur l’ensemble de la thèse du Pirenne.

Hodges et Whitehanse nuancent puis révisent les chronologies imaginées par Pirenne :

  • Il n’y a pas eu d’interruption totale des échanges commerciaux en Méditerranée.
  • La chronologie des évolutions proposée par Pirenne a été revue. Le point d’infliction n’était pas les conquêtes arabes, mais plus tôt, à la fin du Ve siècle, avec la fin de l’Empire romain d’Occident et les incursions des peuples germaniques.