La révolution féodale de l’an 1000

Vers l’an 1000, un système politique, économique, juridique et social qui s’était mis en place au cours du VIIIe-IXe siècles, la féodalité, s’établit définitivement en Europe. La Révolution féodale de l’an 1000 a vu le retrait de l’ancien pouvoir royal central, qui a cédé la place à un nouvel ordre féodal dans lequel des chevaliers aristocratiques indépendants exerçaient le pouvoir sur les communautés paysannes par des tactiques d’intimidation et de menace de violence.

Espaces féodaux et domaines de seigneurie : les châteaux

Au cours de la longue période comprise entre le VIIIe et le Xe siècle, l’Europe occidentale a connu une transformation progressive très importante des structures économiques et sociales. Cette transformation avait pour axe principal la fiscalité : elle est passée des circonscriptions fiscales à de nouvelles circonscriptions de captation des revenus. Le concept clé ici est la captation des revenus, qui est très différente de la perception des impôts.

C’est dans ce cadre du processus d’évolution du système de perception de l’impôt « étatique » vers un nouveau système de captation des revenus que s’est opérée la construction de l’ordre féodal.

Toutes les indications indiquent un arrêt des progrès technologiques dans l’agriculture qui s’étaient produits à l’époque de l’Empire romain. Les chroniques écrites par le clergé parlent de périodes de famine qui ont créé des difficultés pour les communautés agricoles, les centres monastiques et les seigneurs féodaux, qui ne pouvaient pas monopoliser les revenus. On parle même de la pratique du cannibalisme.

La classe féodale était à cette époque un groupe en formation. Il n’y avait aucune ostentation. Ils avaient une capacité limitée à percevoir les rentes et avaient du mal à contrôler les paysans. Les châteaux de ces temps étaient des constructions très humbles. Le manque d’ostentation de la classe dirigeante montrait qu’elle avait de sérieuses difficultés à contrôler la population. Pendant toute cette période, l’esclavage a disparu. Et il y avait aussi des affranchissements constants (action de donner la liberté au serf).

Au Xe-XIe siècle, le régime de servitude avait pris fin. L’autorité à caractère public perd peu à peu de sa force et transfère des prérogatives aux aristocraties locales (les droits propres à la monarchie reviennent aux seigneurs féodaux, la privatisation de nombreux domaines est en cours). Les seigneurs féodaux adaptent ces prérogatives à leurs besoins.

La seigneurie franco-carolingienne

miniature vintage
Miniature d’époque

La présence des seigneurs est très bien documentée. Les textes polyptiques (inventaires des biens des seigneurs) nous renseignent sur l’existence de ces grandes seigneuries, les villae, qui étaient composées de :

  • Terra indominicata ou mansus indominicatus (domaine seigneurial ou soi-disant “dominion” ou “réserve”). Le monsieur gérait cette partie et dirigeait son exploitation. La réservation pourrait être 1/4 du total ou la moitié.
  • Terres seigneuriales (masos ou “société de participation”). Les tenures occupaient le reste de l’espace.
  • Et les biens communs (biens communaux ou monopoles seigneuriaux), constitués de forêts, de pâturages ou de landes.

Comment la terre a-t-elle été travaillée ?

Dans les tenures ou les exploitations agricoles, nous trouvons une grande hétérogénéité en termes de composition. Terrain divisé en plusieurs portions. Parmi les gardiens de ces exploitations se trouvaient des esclaves (“servi-casati”, c’est-à-dire des esclaves mariés à une maison). Il y avait aussi des colons (des fermiers qui avaient déjà obtenu leur liberté et qui s’étaient placés sous le patronage d’un seigneur) ou les mancipi (émancipés), des esclaves affranchis déjà légalement libres.

Des recensements, des redevances, des droits d’origine publique étaient payés. Ils payaient, avec les corvéesdes prestations sous forme de travail personnel (culture ou fabrication de corvées) que les paysans devaient faire sur les réserves seigneuriales. Le domaine ou réserve était une exploitation directe du seigneur.

Mais qui travaillait ces terres ? La terre était cultivée par les serfs (conditions proches de l’esclavage) qui étaient à l’entière disposition du seigneur. Aussi la main- d’œuvre en sous-traitance, en tant que rôle complémentaire, qui était utilisée en période de concentration du travail. De même, il y avait les corvées, qui n’étaient pas payées. Il y avait des endroits qui échappaient à cette organisation.

C’était une présence constante de communautés paysannes hors de tout domaine . Ils agissaient de manière autonome avec une organisation sociale basée sur le lignage, très communautaire et globale. Ils se trouvaient dans des régions telles que le sud des Alpes et dans les zones frontalières les plus conflictuelles.

Avec la mort des petits-fils de Louis le Pieux, une crise politique totale survient dans le territoire qui fut connu sous le nom d’Empire carolingien. L’ancien royaume des Francs était devenu une demi-douzaine de monarchies électives, très fragmentées entre elles. Ils conservaient cependant un certain lien avec le roi franc, mais ils agissaient seuls. Ils ne transmettaient pas les revenus captés. Elle entrait déjà dans l’ordre féodal.

Au 10ᵉ siècle, il y avait une crise absolue en France. Il intronise une nouvelle dynastie, les Capétiens (987). En Allemagne, le Saint Empire romain germanique est créé (962) et le titre impérial reste vacant pendant soixante-dix ans. Le pontificat est également entré dans une crise absolue. À la mort du pape Formose Ier, en 886, 8 papes lui succèdent en à peine dix ans.

Quelle était la situation politique de l’Europe qui avait fait partie de l’Empire de Charlemagne ?

Europa à l'any 1000
Europe, an 1000

L’ancien royaume des Francs est entré dans un processus de désintégration territoriale. Dans toute l’Europe, il y a eu un recul de la monarchie en tant qu’institution centrale. Au lieu de cela, le pouvoir de l’aristocratie a été renforcé. Dissolution du régime de l’ancien système fiscal, à caractère public, qui dégénère en un système privé de collecte des revenus. L’État perd ses prérogatives au profit des particuliersles seigneurs féodaux. Le roi lui-même est devenu un seigneur féodal.

À partir de ce moment, le monarque devait vivre exclusivement de sa propriété. Les aristocraties locales avaient de plus en plus de pouvoir et ont commencé à agir de manière autonome dans l’État. Ces pouvoirs locaux ont immédiatement essayé de mettre plus de personnes sous leur commandement. Il y avait une soif de revenus. Les communautés paysannes restées en dehors de ce contrôle vont désormais disparaître par asservissement.

Dans toute l’Europe occidentale, les seigneurs féodaux ont construit le « castrum » (fortification ou camp militaire). L’espace de la paroisse a également été placé ici.

Les aristocraties locales profitèrent également d’un précepte gothique pour s’approprier les terres abandonnées. Elle consistait en l’aprosion : toutes les terres qui restaient libres devenaient le comte ou le seigneur féodal, puisque quiconque s’emparait d’un domaine public abandonné avait un droit d’usufruit sur cet espace. Si la possession indéfinie dans le temps pouvait être démontrée, la terre devenait une terre allouée, libre et propre. Mais il pouvait y avoir des lacunes dans cette loi et c’est précisément pour cette raison qu’il s’agissait d’une procédure largement utilisée par les comtes et les seigneurs féodaux.

Ainsi, l’espace féodal était divisé en castrums. Les quartiers féodaux eux-mêmes évoluent. Cela s’est produit parce que l’argent de la classe féodale a augmenté, pour récompenser la loyauté des nobles, par exemple. À partir de la seconde moitié du Xe siècle, le régime de la primogéniture commence à s’imposer à la successionLes plus grandes coutumes ont été subdivisées, provoquant des effets très sensibles entre le territoire et la population qui ont conduit à un contrôle de la seigneurie sur la population paysanne de plus en plus grand, atteignant bien mieux partout.

Les castrums – qui deviendront des châteaux forts – étaient le cadre géographique où s’opéraient les transformations du travail agricole, véritable dimension de l’ordre féodal. Capacité à discipliner les processus de travail. Tout ce processus est connu sous le nom d’incastellamento (un concept créé par l’historien français Pierre Toubert).

Relations féodales-vassales et institutions féodales

Les relations de vassalité ont toujours été associées au féodalisme, mais de telles relations se sont produites dans de nombreuses autres sociétés. On parle de relations personnelles de clientélisme. Au moment où l’État disparaît, pour avoir une institution qui puisse agir comme protecteur, il fallait établir des relations personnelles. Le plus faible était placé sous la protection d’un puissant. L’aristocratie n’était pas un groupe homogène, elle était profondément hiérarchisée.

Pyramide sociale du féodalisme
Pyramide sociale du féodalisme

L’aristocratie avait en commun de vivre de la captation de rentes et d’établir des relations féodalesvassales (relation d’un vassal avec le seigneur en échange d’un fief). Ces relations ont façonné la pyramide féodale, où seuls les hommes libres participaient, pas les paysans. L’un a promis d’aider militairement et l’autre a assuré sa protection. Une grande partie de l’assistance était militaire et, de ce fait, on retrouve la formation de troupes militaires privées, aux commandes d’un seigneur (privatisation de l’armée). Ces relations personnelles ont été formalisées par écrit. Ils donnaient l’ordre selon la hiérarchie et recevaient le nom de commodités (c’était daté).

Puis un deuxième document fut rédigé, le serment d’allégeance puis l’investiture du fief. Les royaumes arabes payaient au comte féodal les parias d’or. Pour consolider le pouvoir du comte de Barcelone, il rachète des châteaux à l’aristocratie et les lui restitue finalement sous forme de fief.

Cérémonie d'hommage
Cérémonie d’hommage

Principales fonctions du vassal :

  • Reddition et libération de la forteresse.
  • Pouvoir du seigneur sur le vassal.
  • Le seigneur pouvait envoyer un nonce (délégué).
  • Concernant les services militaires, le vassal devait défendre la forteresse, participer à la cavalcade (courte expédition de pillage), faire partie de l’hôte (lorsque le seigneur devait s’y rendre, une partie de son armée devait l’accompagner) et assurer la cour et d’autres services (faire partie de la Cour du Seigneur, par exemple).
  • Il fut un temps où les vassaux étaient obligés de faire des prêts aux seigneurs en devises.
  • Ils devaient aussi se prêter comme otages.

Les devoirs du seigneur consistaient à assurer la protection du vassal, surtout lorsque le fief cédé était en danger.

Cérémonial féodal : hommages et serments

  • Loyauté naturelle : due à la plus haute hiérarchie, le roi.
  • Allégeance simple : Tout vassal au seigneur.
  • Loyauté solide : Quand il y a un seigneur qui l’emporte sur un autre.

Type de querelle :

Ils sont accordés selon la catégorie des vassaux. Les grands seigneurs ont obtenu des parties du château. Les castellan (châtelain), gouverneur d’un château, recevaient les châtellenies (inféodation d’une partie du domaine du château) et les chevaliers recevaient le fief des chevaliers (espace pouvant garantir l’entretien d’un chevalier).

La captation de la main-d’œuvre agricole : de la fiscalité étatique à la rente féodale

Ce qui définit l’ordre féodal, c’est la rente, un élément systémique (il circule en interne) : c’était une coercition extraordinaire de la part du seigneur, qui ne s’intéressait qu’à la collecte. Le monsieur était en marge de tout le processus de production, mais est intervenu en dictant clairement comment ce processus devrait être. La production paysanne n’était plus un libre choix. La rente féodale agissait de l’intérieur.

L’ordre féodal a introduit des innovations profondes sur le mode de vie et de travail de la paysannerie. Avec la féodalisation, les seigneurs ont privatisé les espaces communaux. Pour les utiliser, il fallait payer des impôts, des redevances… Cela produisait un changement dans le régime alimentaire des agriculteurs. À l’époque où il y avait plus de production, il y avait plus de faim.

Elément de revenu interne

Le seigneur par le loyer ordonnait combien il voulait et ce qui devait être produit. Des directives de production étaient imposées aux agriculteurs, ce qui impliquait d’augmenter la superficie cultivée. Il fallait en produire davantage. Comment pourrait-on le faire ? Une voie aurait pu passer par l’intensification de la culture afin d’augmenter la productivité. Mais cela n’arrivera jamais au Moyen Âge. La seule chose qui pouvait être faite était d’augmenter l’étendue des cultures.

Dès lors, la seule véritable alternative pour produire plus était l’extension des cultures. Les conquêtes de l’extérieur furent en grande partie cette conséquence. Afin d’obtenir plus de terres en culture, il y avait des exonérations fiscales et des incitations pour les agriculteurs.

Il n’y avait pas non plus de liberté de faire pousser n’importe quelle culture. À la base, seule la culture des céréales, de la vigne et de l’olivier était autorisée. Nouvel espace agricole, produit de rente féodale. C’est un phénomène qui vient de l’intérieur du système. Et cela a eu un impact sur le régime alimentaire, qui a perdu en qualité, en quantité et en diversité.

La base de l’alimentation paysanne était le pain. Les crises du blé provoquèrent de véritables famines. Par le biais de la rente, l’agriculteur était contraint de produire une quantité supérieure à ce dont il aurait besoin pour sa survie, et d’ailleurs pas n’importe quel produit, mais certains produits.

Pour étendre les surfaces cultivées, essentiellement trois mécanismes ont été utilisés :

  • Déforestation aux X-XI siècles. Des rotations de grandes superficies se produisent, au sacrifice de la forêt.
  • L’embaumement ou l’embaumement des terres agricoles sur des pentes abruptes : les pentes des montagnes étaient mises à profit en faisant des talus et des murs de pierres sèches au fur et à mesure que vous montiez la montagne, et dans des terres plus étroites et moins bonnes pour la culture.
  • L’assèchement des lagunes, des zones humides

Au cours de la période médiévale, des travaux demandaient beaucoup de temps et étaient très complexes.

Système technique féodal

  • Charrue à oreilles : c’est une charrue qui, contrairement à la charrue romaine, qui grattait la terre, possède une pelle latérale intégrée qui jette la terre de côté, et aussi remue et oxygène la terre tout en travaillant. De plus, il a un râteau intégré, il ressemble à un poinçon et vous permet d’approfondir le sol. La chose la plus normale est que le rail était en fer. Il y avait des frais pour affûter la labourée. Il y a aussi un couteau intégré qui décape le sol. Ces charrues, surtout dans la région de l’Atlantique, où les sols sont plus épais, étaient des charrues beaucoup plus grosses, et même parfois, elles devaient incorporer des roues. Celles-ci sont appelées carruca (grande charrue).
  • Systèmes d’attelage à l’animal : améliore le système de traction.
    • Le collier rigide : collier de cuir, l’animal exerçait une force par la poitrine, de plus en plus de mules et de chevaux étaient utilisés, car ils étaient beaucoup plus rapides que le bœuf.
    • Aussi, l’attelage en fer à cheval – rend le sabot de l’animal beaucoup moins usé. Le fer à cheval prolonge la vie de l’animal beaucoup plus longtemps.

L’avoine est également largement utilisée par le bétail.

  • La généralisation de la rotation triennale : consiste à diviser un champ en 3 parties, une année, il y a des céréales en hiver, au printemps et en jachère (repos), et l’année suivante les rôles sont échangés.

Les inventions de cette époque relèvent plus de la diffusion que de l’invention. Plus de travail est fait en moins de temps. Ils ne le sont pas, mais de grandes améliorations dans les performances de production, la productivité n’augmente pas. Il sortira le même, mais il aura grandi plus vite. De plus en plus de facteurs de vent, d’eau sont utilisés pour générer du mouvement.

  • La roue hydraulique : Transmet le mouvement, par exemple : moulin à farine, portails, scieries.

L’espace gagné dans le champ perdra progressivement sa fertilité, produisant de plus petites récoltes. Cela signifiait qu’ils devaient continuellement chercher de nouveaux fronts de colonisation.

Produits normalement cultivés

Dans la zone méditerranéenne, les cultures les plus courantes étaient les céréales et la vigne (oliviers, oléiculture). Les seigneurs étaient intéressés à promouvoir et à encourager certaines cultures, car ils vendaient ainsi le produit dans les villes. Lorsqu’un seigneur faisait un établissement (contrat) avec un fermier, ce que contenait le contrat était : qui était le seigneur de la terre, qui recevait la terre, l’usufruit, qui l’exploitait, où se trouvait la terre, parfois, il disait laquelle c’était en surface, ils fixent souvent des conditions par exemple : conditions de plantation de vignes, d’oliviers…

Par quels mécanismes seigneuriaux pouvaient-ils contrôler la production paysanne ?

Il y aurait 3 grands mécanismes :

  • Système institutionnel : contrôle et administre la production paysanne par l’intermédiaire d’administrateurs. C’étaient les soi-disant Baillis (administrateurs des biens et des revenus des seigneurs). Chaque seigneur avait un bailli, dans chaque seigneurie ce bailli contrôlait que lors du partage de la récolte, cela se faisait de la manière qui avait été convenue. Le bailli recevait un pourcentage des revenus qui correspondait au seigneur.
  • Au travers d’instruments tels que : moulins à farine, fours, trullos (d’huile, de raisin), pressoirs, ces instruments étaient très chers ou appartenaient à toute la communauté ou au seigneur. Par conséquent, le seigneur a monopolisé la production. C’était un élément de contrôle, car il obligeait les paysans à aller moudre au moulin seigneurial en payant des impôts. Il y aura persécution des moulins artisanaux.
  • Concentrer la population paysanne. Plus elle était dispersée, plus elle était difficile à contrôler, par conséquent, ils essayaient d’avoir la population dans le même espace.

Les seigneurs disposaient de certains instruments dont les paysans devaient obligatoirement se servir et qui servaient à contrôler la production : monopoles seigneuriaux (propriété exclusive) tels que les moulins, l’usage de l’eau, etc. Les seigneurs ont établi comment les partages des eaux devaient être faits (régime des partages des eaux). Ils avaient le monopole des permis de construction de moulins et obligeaient les serfs à utiliser ces instruments.

Le collectif de la paysannerie était très hétérogène. Il y avait même des fermiers qui avaient capturé beaucoup de terres. Grâce au capbreu, il était possible de savoir quelles terres possédaient les agriculteurs.